Vers une nouvelle réforme de l’accès aux études de santé en 2027
Mise à jour 18.04.26
Depuis la suppression de la PACES en 2020, les études de santé reposent sur deux voies principales : le PASS (Parcours Accès Spécifique Santé) et la LAS (Licence avec Accès Santé). Mais ce système, censé être plus juste et plus diversifié, est aujourd’hui largement reconnu comme un échec. Le 17 avril 2026, les ministres Philippe Baptiste (Enseignement supérieur) et Stéphanie Rist (Santé) ont officialisé sa fin : dès la rentrée 2027, une voie unique remplacera le Pass et la LAS pour l’accès aux filières de santé.
Mon regard de consultante : comme souvent dans ce dossier, prudence s’impose. Les reports successifs ont appris à ne pas crier victoire trop vite. Mais cette fois, les contours se précisent vraiment.
Un constat partagé : un système trop complexe et inégalitaire
Le rapport de la Cour des comptes publié en décembre 2024 (Lire le rapport complet) avait déjà souligné de nombreuses failles du système actuel :
Trop de parcours différents, difficiles à comprendre pour les lycéens et leurs familles. En Île-de-France seulement, un candidat avait le choix parmi plus de 100 parcours de Pass et de LAS, certains très éloignés de la santé. De grandes inégalités entre les universités, notamment sur les LAS. Un manque de lisibilité et une sélection jugée parfois injuste. Une faible diversité des profils d’étudiants, avec une majorité issue de milieux favorisés. Une baisse d’attractivité dans certaines filières comme la pharmacie et la maïeutique. Une augmentation des départs à l’étranger pour étudier la santé.
Lors de la conférence de presse du 17 avril, Stéphanie Rist a reconnu officiellement : « Il faut admettre que l’essai n’a pas été totalement transformé. La diversification des profils n’a pas réellement été au rendez-vous. » Les grandes universités regroupées au sein de l’association Udice, qui accueillent 70 % des étudiants en santé, n’ont pas mâché leurs mots, qualifiant la réforme de 2020 de véritable fiasco.
Ce qui change : une voie unique dès la rentrée 2027
La nouvelle première année, dont le nom officiel n’a pas encore été annoncé, sera accessible sur Parcoursup pour les bacheliers 2027. Elle concernera potentiellement quelque 40 000 étudiants chaque année.
Sur Parcoursup, les candidats formuleront un vœu principal pour cette première année, accompagné d’un sous-vœu disciplinaire correspondant à la licence à laquelle ils seront adossés.
Une organisation en 3 blocs
Cette première année s’organise autour de trois blocs d’enseignements :
Un bloc santé (24 à 30 ECTS) : connaissances fondamentales communes aux études de santé, avec un programme allégé par rapport au Pass actuel.
Un bloc disciplinaire (24 à 30 ECTS) : enseignements d’une licence ayant une contribution directe aux études de santé, biologie, physique, chimie, économie/gestion notamment. La philosophie, le droit ou les langues devraient sortir de la liste des licences acceptées.
Un bloc transversal (6 à 12 ECTS) : compétences psychosociales, communication et éthique dans le domaine de la santé.
Les épreuves orales de fin d’année, qui existaient dans le système Pass, sont supprimées. L’évaluation des compétences psychosociales sera laissée au libre choix des facultés.
Les modalités de sélection
Pour tenter d’intégrer l’une des filières MMOPK (Médecine, Maïeutique, Odontologie, Pharmacie, Kinésithérapie), plusieurs règles s’appliquent :
La validation de l’ensemble des blocs est obligatoire pour candidater. Le classement sera fondé sur l’ensemble du parcours académique : les notes des enseignements santé et des enseignements disciplinaires seront toutes prises en compte, selon une pondération encore à définir.
Les étudiants disposeront de deux chances de candidater : en fin de première année, ou en fin de deuxième année de licence (à condition d’avoir validé le bloc santé). Environ 80 % des places devraient être attribuées à l’issue de la première année.
Le redoublement redevient possible une fois en première année. Mais attention : redoubler ne donne pas une chance supplémentaire de candidater. L’étudiant qui redouble devra d’abord valider sa deuxième année de licence avant de tenter sa seconde chance.
Les autres nouveautés
Pharmacie : une expérimentation d’accès direct Des places seront réservées, dans un cadre optionnel, limité et expérimental, pour les étudiants souhaitant s’orienter exclusivement vers la pharmacie. Cette mesure vise à répondre au phénomène de places vacantes dans cette filière.
De nouvelles passerelles Afin de maintenir l’objectif de diversification des profils, une nouvelle voie d’accès en passerelle sera créée pour les étudiants titulaires d’une licence complète (bac+3), en plus des passerelles déjà existantes pour les titulaires d’un master. Les passerelles destinées aux professionnels du secteur paramédical ayant validé trois années de cursus seront également renforcées.
La loi Neuder et la fin du Numerus Apertus La loi Neuder, définitivement adoptée par le Parlement en juin 2025, s’inscrit dans cette logique de transformation. Elle renforce la prise en compte des besoins en santé des territoires dans la détermination des places disponibles en deuxième année, et entraîne la suppression du Numerus Apertus. Les agences régionales de santé (ARS) pourront inciter les universités à augmenter leur capacité d’accueil si celle-ci ne correspond pas aux besoins locaux.
En savoir plus sur la loi Neuder
Des questions qui demeurent
Si les organisations étudiantes saluent globalement cette évolution, réclamée depuis près de deux ans et demi, les présidents d’université et les doyens de médecine sont bien plus réservés.
Leur principale inquiétude : le flou financier. Les ministres ont promis un accompagnement de l’État, ajusté au cas par cas selon la situation de chaque établissement, sans avancer de budget chiffré. Or la réforme implique une transformation profonde : là où une université mobilise aujourd’hui un professeur face à un amphi de 600 étudiants, il lui faudra demain prévoir dix salles de cours de 60 étudiants, avec autant d’enseignants. Sans créations massives de postes, une réduction des capacités d’accueil en première année semble inévitable.
Le calendrier est également jugé très serré : les maquettes pédagogiques devront être prêtes pour figurer sur Parcoursup dès novembre 2026. La question de l’interclassement entre disciplines, c’est-à-dire comment pondérer les notes des différents blocs pour établir un classement national équitable, reste elle aussi entière.
Conclusion
La réforme de l’accès aux études de santé est désormais actée pour la rentrée 2027. Elle répond à des attentes fortes et largement partagées : un accès plus simple, plus lisible, plus équitable. Mais sa mise en œuvre dans un calendrier aussi serré, sans financement clairement défini, suscite des inquiétudes légitimes du côté des universités. Les mois à venir seront décisifs pour transformer cette annonce politique en réalité pédagogique.
FAQ – Questions Fréquentes
Qu’est-ce que la voie unique aux études de santé ?
C’est une première année commune à tous les étudiants souhaitant intégrer une filière santé (médecine, pharmacie, maïeutique, odontologie, kinésithérapie). Elle remplace le Pass et la LAS dès la rentrée 2027 et s’organise en trois blocs d’enseignements : santé, disciplinaire et transversal.
Quelles licences seront acceptées comme bloc disciplinaire ?
La liste n’est pas encore officiellement publiée, mais elle sera plus restreinte qu’aujourd’hui. Sont citées notamment la biologie, la physique, la chimie, l’économie et la gestion. La philosophie, le droit et les langues devraient en être exclus.
Est-ce que la kinésithérapie sera concernée ?
Oui, la kinésithérapie fait partie des cinq filières MMOPK concernées par la réforme.
Peut-on redoubler sa première année ?
Oui, le redoublement redevient possible une fois. Mais attention : redoubler ne donne pas une chance supplémentaire immédiate de candidater en filière santé. Il faudra d’abord valider la deuxième année de licence pour tenter sa seconde chance.
Combien de chances a-t-on d’intégrer une filière santé ?
Deux chances au total : en fin de première année (environ 80 % des places) et en fin de deuxième année de licence.
Quand la réforme sera-t-elle mise en place ?
La rentrée 2027 est l’objectif officiel. Les maquettes pédagogiques devront être déposées sur Parcoursup dès novembre 2026.


